D'Art d'Art

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D'Art d'Art

Message par clymene2 le Mer 18 Oct - 13:45

Un peu de beauté dans ce monde de brutes queen


Tarentelle d’automne
Emile Nelligan

Vois-tu près des cohortes bovines
Choir les feuilles dans les ravines,
Dans les ravines ?

Vois-tu sur le côteau des années
Choir mes illusions fanées,
Toutes fanées ?

Avec quelles rageuses prestesses
Court la bise de nos tristesses,
De mes tristesses !

Vois-tu près des cohortes bovines,
Choir les feuilles dans les ravines
Dans les ravines ?

Ma sérénade d’octobre enfle une
Funéraire voix à la lune,
Au clair de lune.

Avec quelles rageuses prestesses
Court la bise de nos tristesses,
De mes tristesses !

Le doguet bondit dans la vallée.
Allons-nous-en par cette allée,
La morne allée !

Ma sérénade d’octobre enfle une
Funéraire voix à la lune,
Au clair de lune.

On dirait que chaque arbre divorce
Avec sa feuille et son écorce,
Sa vieille écorce.

Ah ! Vois sur la pente des années
Choir mes illusions fanées,
Toutes fanées !

Emile Nelligan, Virgiliennes



Vincent Van Gogh, Paysage d'automne
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Message par clymene2 le Jeu 19 Oct - 20:14



Alfred de MUSSET (1810-1857)


Lucie

Élégie

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.

Un soir, nous étions seuls, j'étais assis près d'elle ;
Elle penchait la tête, et sur son clavecin
Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
Ce n'était qu'un murmure : on eût dit les coups d'aile
D'un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux,
Et craignant en passant d'éveiller les oiseaux.
Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
Les marronniers du parc et les chênes antiques
Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
Nous écoutions la nuit ; la croisée entr'ouverte
Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
Je regardais Lucie. - Elle était pâle et blonde.
Jamais deux yeux plus doux n'ont du ciel le plus pur
Sondé la profondeur et réfléchi l'azur.
Sa beauté m'enivrait ; je n'aimais qu'elle au monde.
Mais je croyais l'aimer comme on aime une soeur,
Tant ce qui venait d'elle était plein de pudeur !
Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sienne.
Je regardais rêver son front triste et charmant,
Et je sentais dans l'âme, à chaque mouvement,
Combien peuvent sur nous, pour guérir toute peine,
Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur,
Jeunesse de visage et jeunesse de coeur.
La lune, se levant dans un ciel sans nuage,
D'un long réseau d'argent tout à coup l'inonda.
Elle vit dans mes yeux resplendir son image ;
Son sourire semblait d'un ange : elle chanta.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Fille de la douleur, harmonie ! harmonie !
Langue que pour l'amour inventa le génie !
Qui nous vins d'Italie, et qui lui vins des cieux !
Douce langue du coeur, la seule où la pensée,
Cette vierge craintive et d'une ombre offensée,
Passe en gardant son voile et sans craindre les yeux !
Qui sait ce qu'un enfant peut entendre et peut dire
Dans tes soupirs divins, nés de l'air qu'il respire,
Tristes comme son coeur et doux comme sa voix ?
On surprend un regard, une larme qui coule ;
Le reste est un mystère ignoré de la foule,
Comme celui des flots, de la nuit et des bois !

- Nous étions seuls, pensifs ; je regardais Lucie.
L'écho de sa romance en nous semblait frémir.
Elle appuya sur moi sa tête appesantie.
Sentais-tu dans ton coeur Desdemona gémir,
Pauvre enfant ? Tu pleurais ; sur ta bouche adorée
Tu laissas tristement mes lèvres se poser,
Et ce fut ta douleur qui reçut mon baiser.
Telle je t'embrassai, froide et décolorée,
Telle, deux mois après, tu fus mise au tombeau ;
Telle, ô ma chaste fleur ! tu t'es évanouie.
Ta mort fut un sourire aussi doux que ta vie,
Et tu fus rapportée à Dieu dans ton berceau.

Doux mystère du toit que l'innocence habite,
Chansons, rêves d'amour, rires, propos d'enfant,
Et toi, charme inconnu dont rien ne se défend,
Qui fis hésiter Faust au seuil de Marguerite,
Candeur des premiers jours, qu'êtes-vous devenus ?

Paix profonde à ton âme, enfant ! à ta mémoire !
Adieu ! ta blanche main sur le clavier d'ivoire,
Durant les nuits d'été, ne voltigera plus...

Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.


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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Ven 20 Oct - 17:52

Automne malade


Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Sam 21 Oct - 11:40

Avec un jour de retard...

Le 20 octobre 1854, naissait Arthur Rimbaud, brillant météore de la poésie française qu’il quitta définitivement à l’âge de 20 ans pour lui préférer l’aventure lointaine.

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Dim 22 Oct - 11:54

Le premier d'une série de monochromes



Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge.
Alphonse Allais, 1882
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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Dim 22 Oct - 19:06

Jusqu'au 7 janvier 2018, le Domaine de Chantilly accueille une exposition événement, mettant en valeur le chef-d’œuvre de Nicolas Poussin, Le Massacre des Innocents, de sa genèse à sa postérité.

http://www.leparisien.fr/chantilly-60500/video-a-chantilly-l-exposition-poussin-mele-classique-et-contemporain-07-09-2017-7243326.php
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Message par clymene2 le Lun 23 Oct - 14:48

Le deuxième monochrome :

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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Jeu 26 Oct - 14:39

Soupir

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.

Stéphane MALLARMÉ

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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Dim 29 Oct - 10:38

Sonnet d’automne

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal :
» Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ? «
– Sois charmante et tais-toi ! Mon cœur, que tout irrite,
Excepté la candeur de l’antique animal,

Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite,
Ni sa noire légende avec la flamme écrite.
Je hais la passion et l’esprit me fait mal !

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guérite,
Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal :

Crime, horreur et folie ! – Ô pâle marguerite !
Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal,
Ô ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ?

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal



Mary Cassatt
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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Mer 1 Nov - 11:42

Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivre
Et de donner la vie à ce que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
La mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nusch invisible et plus dure
Que la faim et la soif à mon corps épuisé
Masque de neige sur la terre et sous la terre
Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence

Paul Éluard, Le temps déborde
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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Lun 13 Nov - 12:17

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LILLE

J.F.Millet, rétrospective

L'exposition-événement de l'automne


Redécouvrir un grand peintre

La grande rétrospective internationale au Palais des Beaux-Arts de Lille met en lumière un artiste profondément inventif et admiré de l’avant-garde, dessinateur talentueux. Trop longtemps étiqueté “peintre paysan”, ses peintures et dessins révèlent avant tout l’univers sensible et poétique d’un peintre hors norme qui a profondément marqué Van Gogh, Pissarro, Seurat, Gauguin, Permeke, Dali et plus récemment Banksy.

L'artiste a aussi connu une postérité américaine, que l’exposition Millet USA nous fait découvrir à travers des œuvres de poètes, de peintres, de photographes et de cinéastes, d’Edward Hopper à Dorothea Lange, en passant par Terrence Malick ou Mat Collishaw.


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Re: D'Art d'Art

Message par clymene2 le Mar 14 Nov - 10:40

Fable XV, Livre V.

Les amis à deux pieds

« Je préfère un bon cœur à tout l'esprit du monde,
Et d'amis à deux pieds je me passe fort bien, »
Disait certain monsieur qui vit avec son chien
Dans une retraite profonde.
« Je n'ai pas d'autre ami que lui,
Humains ; et s'il tient aujourd'hui
La place qu'en mon cœur longtemps vous occupâtes
C'est qu'il ne m'est pas démontré
Que l'on ait aussi rencontré
L'ingratitude à quatre pattes. »

Antoine-Vincent Arnault.
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